Vincent Ceraudo interroge les à-côtés de la volonté. À peine levé du
lit, la tête encore embrumée, il note quotidiennement ses « figures de pensées ordinaires », formes possibles d’ oeuvres ne pouvant exister que par le langage. À l’inverse, tard la nuit, avant de se coucher, l’esprit à nouveau obscurci par la fatigue, il dispose des objets comme des compositions de nature morte, micro-sculptures de non sens qu’il photographie. Entre ces deux instants, il saisit le portrait de proches qui parlent en laissant leur salive matérialiser leur pensée. Il s’interroge sur l’avènement de l’idée et sa formulation dans la langue comme dans les objets. Les contraintes qu’il s’impose comme un protocole permettent d’expérimenter plastiquement le rapport de l’idée au discours, de l’intuition à sa rationalisation linguistique. Il ne porte pas son intérêt sur le langage, mais sur les mécanismes qui conduisent à donner forme à la pensée, et sur le fonctionnement de l’art au delà du visible. La volonté est alors pour lui, ce moment où l’idée s’exprime.

Jean Marc Avrilla