Ausculter les franges de la réalité psychique et objective, dresser un index illusoire du réel, explorer des phénomènes imperceptibles à l’œil nu ou défiant la raison commune et tenter de les matérialiser. Voilà quelques unes des voies suivies dans son œuvre par Vincent Ceraudo. L’artiste met en jeu le réel et de ses limites perceptibles ou acceptables. Comme par exemple avec la série de photographies Transfer (2012-2014), sobres clichés sur fonds noirs figurant des objets ordinaires ayant été modifiés par télékinésie dans le cadre d’expériences scientifiques. Ou encore lorsqu’il enregistre pendant la nuit les sons en provenance d’une maison abandonnée que l’on dit hantée, sans que la véritable nature des sonorités perçues ne puisse être formellement établie bien entendu (Poltergeist, 2012). La rationalité de la création artistique est elle aussi parfois mise en jeu, comme avec une série intitulée À demi conscience (2012), soit des images de sculptures exécutées la nuit, avec des objets de son environnement domestique, dans un état de demi-sommeil et donc de conscience et de perception altérée de la réalité de ces objets, qui laisse entrer en action l’évocation et l’imaginaire dans la manière de les manipuler. Ce faisant, Vincent Ceraudo joue habilement des limites entre le réel et une fiction qu’il ne convoque jamais lui-même mais que le public pourra appréhender comme telle face à certaines œuvres, parfois très immersives, dont le caractère et ce qu’elles impliquent apparaît ambigu et induit le doute. Le doute qui selon l’artiste devient « un moment généreux pour l’esprit, permettant de libérer l’imaginaire. »
Avec The distance between the viewer and I (2014), sa première réalisation vidéo, l’artiste s’intéresse une fois de plus à la capacité de perception et de vision dans des conditions hors normes. Invitant dans son studio, à des moments différents, deux personnes dotées de capacités de perception extra sensorielles, il leur a demandé d’essayer de deviner en temps réel les lieux dans lesquels il s’est lui-même rendu aux mêmes moments – à savoir les deux sites de l’Observatoire de Paris – sans que cette information n’ait été divulgué à quiconque et n’ait donc pu leur être transmise. C’est un montage entre ces recherches et tâtonnements et la découverte des lieux filmés de manière flottante par l’artiste sur le mode de la caméra subjective – comme pour mieux brouiller les pistes quant à l’origine du regard – que propose la vidéo. Une confrontation des points de vue et impressions introduite par une affiche qui volontairement paraîtra loufoque et déconnectée du sujet, même si The great invisible elephant (2014) est le titre d’un conte tiré d’un ouvrage de sciences psychologiques. Ou comment avancer sur le terrain instable de la conscience… modifiée, toujours.

Frédéric Bonnet

2014